Certaines voitures deviennent mythiques grâce à leur palmarès. D'autres grâce à leurs performances. La Renault Clio V6 doit probablement sa réputation à quelque chose de plus rare : son absurdité.
Au début des années 2000, Renault prend une décision que peu de constructeurs oseraient encore prendre aujourd'hui. Les ingénieurs suppriment la banquette arrière d'une simple citadine, y installent un V6 atmosphérique en position centrale, élargissent massivement la carrosserie et transmettent la puissance aux roues arrière. Sur le papier, l'idée semble déraisonnable. Vingt-cinq ans plus tard, c'est précisément ce qui fait tout son charme. Produite jusqu'en 2005 à environ 2 900 exemplaires (2 822 selon Renault), elle est rare.
Une héritière spirituelle de la Renault 5 Turbo
Dans les années 1980, Renault marque les esprits avec la Renault 5 Turbo, une citadine transformée en véritable machine de compétition. Moteur central arrière, propulsion et carrosserie spectaculaire : la recette est aussi surprenante qu'efficace. La Clio V6 reprend cette philosophie. Il ne s'agit pas simplement d'une Clio plus puissante qu'une autre. C'est une voiture profondément différente.
Renault dévoile le concept au Mondial de Paris en octobre 1998, sept mois après le lancement de la Clio II, pour mesurer l'accueil du public. Le développement est confié à TWR (Tom Walkinshaw Racing), qui assemble la phase 1 à Uddevalla, en Suède. La phase 2 revient à Dieppe, en France.
Une Clio qui n'en est plus vraiment une
Dès le premier regard, la transformation est évidente. Les ailes sont considérablement élargies, les voies sont augmentées, les prises d'air latérales attirent immédiatement l'attention. L'ensemble paraît musclé, presque disproportionné. Et c'est justement ce qui la rend aussi reconnaissable. Là où de nombreuses sportives modernes cherchent à rester discrètes, la Clio V6 assume totalement sa singularité.
Phase 1 : la plus sauvage
La première version développe 230 chevaux (300 N⋅m) grâce à son V6 atmosphérique de 3 litres, pour environ 1 355 kg. Aujourd'hui, ce chiffre peut sembler modeste. À l'époque, il transforme pourtant une petite Clio en véritable sportive.
La Phase 1 est souvent décrite comme exigeante. Avec son moteur installé derrière les sièges et sa transmission aux roues arrière, elle demande davantage d'attention que la plupart des sportives modernes. Certains lui reprocheront son caractère parfois délicat. D'autres considèrent justement que c'est ce qui fait tout son intérêt.
Phase 2 : plus aboutie
En 2003, Renault fait évoluer le concept. La puissance passe à 255 chevaux (couple inchangé à 300 N⋅m) et plusieurs modifications sont apportées au châssis : cinématique du train arrière et réglages de suspension revus, empattement allongé de 20 mm. La voiture prend un peu de poids (environ 1 400 kg), et 1 309 exemplaires sont produits.
L'objectif est clair : conserver la personnalité de la voiture tout en la rendant plus efficace et plus prévisible. Pour beaucoup d'amateurs, la Phase 2 représente aujourd'hui le meilleur compromis entre caractère et facilité d'utilisation. Pour d'autres, la Phase 1 conserve un charme particulier grâce à son côté plus brut. Comme souvent avec les voitures devenues cultes, il n'existe pas réellement de consensus.
Une voiture imparfaite… et c'est justement son intérêt
La Clio V6 n'a jamais été la plus rapide de sa catégorie. Elle n'a jamais été la plus efficace. Elle n'a jamais été la plus pratique non plus : deux places seulement, presque aucun coffre. Pourtant, elle exerce encore aujourd'hui une fascination particulière.
Je pense que cela vient du fait qu'elle a été conçue à une époque où certains projets pouvaient encore exister simplement parce qu'ils étaient passionnants. Aujourd'hui, imaginer une citadine transformée en propulsion à moteur central semble presque irréaliste. Les contraintes industrielles, économiques et réglementaires rendent ce type de projet extrêmement difficile à justifier. La Clio V6 apparaît donc comme le témoignage d'une époque plus audacieuse.
L'erreur la plus fréquente chez les acheteurs
Face à une Clio V6, l'attention se porte souvent sur la phase, la couleur et le kilométrage. Ce sont des critères de valeur, pas de qualité. Sur une voiture aussi rare, l'historique, l'origine et l'état réel de l'exemplaire comptent au moins autant.
Le modèle fait rêver. L'exemplaire détermine la qualité de l'achat.
Les points de vigilance avant achat
Quelques axes de contrôle, à compléter par une inspection spécialisée :
- un historique d'entretien complet, dans le réseau Renault Sport ou chez un spécialiste du V6 ;
- l'état du train arrière et de la suspension, modifiés sur la phase 2 ;
- la cohérence entre la phase, la couleur et le numéro de série ;
- l'usage précédent, sur piste ou non ;
- l'origine : certains exemplaires sont à conduite à droite.
Une inspection spécialisée reste fortement recommandée — c'est d'ailleurs le principe même de la méthode de vérification Auto Acquisitions, appliquée à chaque véhicule avant recommandation.
Pourquoi sa cote continue de progresser
La recette est simple. Production limitée. Architecture atypique. Moteur atmosphérique. Absence de descendance directe. Ajoutons à cela une forte nostalgie des années Renault Sport et l'on comprend facilement pourquoi les collectionneurs s'y intéressent de plus en plus. La Clio V6 est devenue bien davantage qu'une sportive compacte. Elle est devenue un symbole.
À titre de repère, en 2021, les annonces d'occasion commençaient vers 40 000 € et dépassaient 60 000 €, avec des records aux enchères autour de 62 000 £. Ces chiffres datent : la valeur d'un exemplaire dépend avant tout de sa phase, de son état et de son dossier.
Mon avis sur la Clio V6
Ce que j'aime dans la Clio V6, c'est qu'elle semble avoir été développée sans réellement chercher à plaire à tout le monde. Elle est excessive. Elle est imparfaite. Elle est parfois plus impressionnante que réellement performante. Mais elle possède une personnalité que peu de voitures modernes parviennent à offrir. Quand je regarde une Clio V6 aujourd'hui, je n'y vois pas seulement une Renault Sport. J'y vois le résultat d'une idée un peu folle que quelqu'un, quelque part, a eu le courage de concrétiser. Et finalement, c'est souvent comme cela que naissent les voitures dont on se souvient.
Conclusion
La Renault Clio V6 n'est probablement pas la meilleure sportive de son époque. Mais elle est sans doute l'une des plus mémorables. Elle rappelle qu'avant les plateformes mondiales, les contraintes de rentabilité et la standardisation croissante de l'automobile, certains constructeurs osaient encore produire des voitures simplement parce qu'elles faisaient rêver. Et c'est probablement pour cette raison que la Clio V6 est devenue, au fil du temps, une véritable icône de l'automobile française.
La passion permet de choisir une Clio V6. La méthode permet de choisir la bonne Clio V6.
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